Les termites dans le bois : quels risques pour la structure et comment y remédier

Charpente et solives en bois inspectées pour détecter une infestation de termites souterrains

Le termite est l'ennemi le plus discret du bois de structure. Contrairement aux capricornes ou aux vrillettes, il travaille de l'intérieur, sans sciure ni trous visibles : une poutre peut paraître saine alors que son cœur est déjà évidé. En France, les termites souterrains progressent bien au-delà de leurs foyers historiques du Sud-Ouest, au point qu'une loi encadre depuis 1999 leur déclaration et leur traitement. Voici comment reconnaître une infestation, ce qu'elle fait réellement subir à la structure, et comment y remédier durablement.

Reconnaître une infestation

En métropole, les dégâts structurels sont essentiellement le fait des termites souterrains (genre Reticulitermes). La colonie vit dans le sol et remonte vers le bois en se protégeant de la lumière : c'est ce comportement qui trahit sa présence. Le premier indice est le cordonnet — une galerie-tunnel de terre et de salive plaquée le long d'un mur, d'une plinthe ou d'une fondation, par laquelle les ouvriers circulent à l'abri.

Les autres signes : un bois qui sonne creux au sondage alors que sa surface est intacte (le termite consomme l'intérieur en respectant une fine pellicule externe), des feuillets de bois lamellés à l'ouverture d'une pièce attaquée, des menuiseries ou plinthes qui se déforment ou cèdent sous une simple pression, et les essaimages : au printemps, des insectes ailés sortent en nuée puis perdent leurs ailes — retrouver de petites ailes translucides près des fenêtres est un signal fort. Contrairement aux autres xylophages, le termite ne laisse ni sciure ni trous d'envol : l'absence de ces indices ne prouve donc rien.

Quels risques pour la structure ?

Le danger tient à la combinaison de deux facteurs : la perte de section et la discrétion de l'attaque. La résistance d'une pièce de bois dépend directement de sa section utile ; en évidant une poutre de l'intérieur, les termites réduisent sa capacité portante sans aucun symptôme visible. La dégradation peut rester silencieuse des années, puis se manifester brutalement : plancher qui s'affaisse, solive qui rompt, assemblage de charpente qui lâche.

Les zones les plus exposées sont celles en contact avec le sol ou l'humidité : bois de soubassement, lambourdes et solives de planchers bas, pieds de poteaux, ossatures de cloisons, escaliers — puis, en remontant, la charpente. Les termites ne s'arrêtent d'ailleurs pas au bois porteur : ils dégradent aussi plinthes, papiers, cartons et isolants, et franchissent la maçonnerie par les fissures et les joints. À noter : ils ne mangent pas le béton, mais leurs cordonnets l'escaladent sans difficulté pour atteindre les bois des niveaux supérieurs.

S'ajoute un risque juridique et patrimonial. Depuis la loi n° 99-471 du 8 juin 1999, la présence de termites doit être déclarée en mairie par l'occupant ou le propriétaire. Dans les zones délimitées par arrêté préfectoral, un état relatif à la présence de termites (de moins de 6 mois) est exigé lors d'une vente, et le maire peut enjoindre de procéder à des travaux d'éradication. Une infestation non traitée pèse donc aussi sur la valeur et la cessibilité du bien.

Traitements et prévention

Première règle : un traitement de surface appliqué soi-même ne règle rien. La colonie vit dans le sol, souvent à distance du bâtiment, et seuls les bois traversés sont touchés par un badigeon. L'éradication est une affaire de professionnels (idéalement certifiés, type CTB-A+), selon deux grandes familles de méthodes.

Le traitement chimique par barrière et injection : on fore les bois porteurs pour y injecter un produit biocide en profondeur, et on crée une barrière chimique dans les sols et les maçonneries (forages au pied des murs, traitement du sol périphérique) pour couper la route entre la colonie et le bâtiment. C'est la méthode curative de référence pour stopper rapidement une attaque.

Les pièges-appâts : des stations contenant un appât à action différée sont posées autour et dans le bâtiment ; les ouvriers le partagent avec la colonie, qui décline jusqu'à l'élimination. Moins invasive et plus ciblée que la barrière chimique, cette méthode demande en revanche plusieurs mois et un suivi régulier.

En prévention : traiter les bois neufs (les bois de structure mis en œuvre dans les zones à risque doivent être protégés, ou naturellement durables), poser des barrières physiques ou physico-chimiques à l'interface sol-bâtiment en construction neuve, supprimer les humidités permanentes (fuites, condensation, ventilation des vides sanitaires), éviter tout contact bois-sol et ne pas stocker de bois (bûches, souches) contre les façades. En zone classée, une surveillance périodique des soubassements et des combles est le meilleur investissement.

MéthodePrincipeUsagePoints d'attention
Injection des boisBiocide injecté en profondeur dans les bois porteursCuratifForages nécessaires, à coupler à une barrière
Barrière chimique sol/mursCoupe la liaison entre colonie et bâtimentCuratif / préventifMise en œuvre lourde, produits réglementés
Pièges-appâtsAppât à action différée partagé par la colonieCuratif / surveillanceAction en plusieurs mois, suivi régulier
Barrière physique (neuf)Film ou dispositif anti-termites à l'interface sol-bâtimentPréventifÀ prévoir dès la conception en zone classée
Bois traités ou durablesClasse d'emploi adaptée, essences durablesPréventifObligatoire pour les bois neufs en zone à risque

Quand faire appel à un bureau d'études ?

Le traitement élimine les termites ; il ne dit rien de l'état réel de la structure. C'est là que le bureau d'études structure intervient, en complément du diagnostiqueur et de l'applicateur. Sa mission : sonder et cartographier les bois dégradés, évaluer la perte de section et la capacité portante résiduelle des éléments attaqués, puis statuer — conserver, renforcer ou remplacer.

Selon le verdict, les solutions vont du simple suivi au renforcement (moisage des solives, prothèses de bois, ferrures et connecteurs, étaiement provisoire) jusqu'au remplacement des pièces trop affaiblies, dimensionné selon les règles en vigueur (Eurocode 5). Consultez un bureau d'études sans attendre si un plancher devient souple ou s'affaisse, si une pièce de bois porteuse sonne creux, avant d'acheter un bien dont l'état parasitaire signale une infestation, ou après un traitement curatif, pour valider que la structure peut être conservée en l'état.

C'est tout l'objet de notre expertise en structures bois, du diagnostic au confortement.

Franck Dion
Président — BETALIS, bureau d'études structure
Questions fréquentes
Comment savoir si ma charpente est attaquée par des termites ?

Les signes les plus parlants sont les cordonnets de terre le long des murs ou des bois, un bois qui sonne creux alors que sa surface paraît intacte, des essaimages d'insectes ailés au printemps et des menuiseries qui se déforment. Un sondage par un professionnel confirme l'infestation.

La présence de termites doit-elle être déclarée ?

Oui. Depuis la loi du 8 juin 1999, l'occupant (ou à défaut le propriétaire) d'un immeuble infesté doit déclarer la présence de termites en mairie. En zone délimitée par arrêté préfectoral, un état relatif à la présence de termites est aussi exigé en cas de vente.

Peut-on traiter soi-même une infestation de termites ?

Non, pas durablement. Les termites vivent en colonies souterraines largement invisibles : un traitement de surface ne les atteint pas. L'éradication passe par des traitements professionnels (injections, barrières chimiques ou pièges-appâts) et un suivi dans le temps.

Une charpente attaquée par les termites doit-elle être remplacée ?

Pas systématiquement. Tout dépend de la perte de section des bois porteurs. Un diagnostic structure évalue la capacité résiduelle des éléments : selon les cas, on conserve, on renforce (moisage, prothèses, ferrures) ou on remplace les pièces trop dégradées.

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