Joints de fractionnement d'un dallage béton armé : calage et répartition

Sciage des joints de fractionnement d'un dallage en béton armé sur un chantier

Un dallage en béton ne fissure pas par accident : il fissure parce que le béton retire en séchant et qu'on l'en empêche. Les joints de fractionnement ne suppriment pas ce retrait — ils le canalisent. Bien calés, ils décident à l'avance où le dallage va « craquer » : proprement, en ligne droite, dans une saignée prévue pour cela, plutôt qu'en lézardes anarchiques. Tout l'enjeu tient donc dans trois réglages liés : l'espacement et la forme des panneaux, la profondeur du trait de scie, et le délai de sciage. Voici comment les régler selon les règles de l'art (NF DTU 13.3).

Pourquoi un dallage a besoin de joints

En durcissant puis en séchant, le béton perd de l'eau et diminue de volume : c'est le retrait. Sur un dallage, cette envie de se rétracter est contrariée par le frottement sur le support et par les points fixes (poteaux, murs, longrines). Le matériau se met alors en traction — et le béton, très résistant en compression, l'est très peu en traction. Dès que la contrainte dépasse sa résistance, il fissure.

On ne peut pas empêcher le retrait ; on peut seulement choisir où il s'exprime. C'est exactement le rôle du joint de fractionnement (ou joint de retrait) : créer une ligne de moindre résistance qui attire la fissure et la cache dans le fond du trait de scie. La fissure existe quand même — mais sous le joint, invisible et maîtrisée.

Les trois familles de joints

Un plan de dallage bien conçu ne mélange pas tout. On distingue :

Les joints de retrait (ou de fractionnement), les plus nombreux : ce sont les traits de scie qui découpent le dallage en panneaux pour maîtriser la fissuration de retrait. Les joints de construction (reprises de bétonnage), qui matérialisent l'arrêt d'une journée de coulage ou la limite d'une bande : on les fait, autant que possible, coïncider avec une ligne de joint de retrait. Enfin les joints d'isolement (ou de désolidarisation), qui séparent le dallage de tout élément fixe — murs périphériques, poteaux, massifs, regards : un matériau compressible de quelques millimètres laisse le dallage « jouer » librement sans buter contre la structure et sans transmettre d'efforts parasites.

Caler le maillage : espacement et forme des panneaux

La répartition des joints obéit à quelques principes simples mais non négociables.

L'espacement. Pour un dallage courant en béton armé, on vise des panneaux dont le côté ne dépasse pas de l'ordre de 5 à 6 m, soit une surface comprise entre 25 et 36 m² environ. Plus le béton retire (forte teneur en eau, ciment dosé, séchage rapide), plus on resserre le maillage.

La forme. Les panneaux doivent être aussi carrés que possible. On évite les rectangles allongés : un panneau dont le rapport longueur / largeur dépasse environ 1,5 fissurera dans son grand sens, en travers, malgré les joints. Un panneau long et étroit est presque une garantie de fissure médiane.

Le tracé. Les joints doivent traverser le dallage de bord à bord, sans s'arrêter en pleine dalle (un joint borgne crée un point d'amorce qui déraille). On aligne les lignes de joints d'une travée à l'autre plutôt que de les décaler en quinconce. Au droit des poteaux et des angles rentrants, où les contraintes se concentrent, on fait passer les joints par les angles ou l'on découpe un panneau « en diamant » autour du poteau. Toute forme en L doit être recoupée par un joint dans l'angle rentrant, qui sinon fissurerait à coup sûr.

Le sciage : profondeur et délai, les deux réglages critiques

La profondeur. Le trait de scie ne traverse pas le dallage : il l'affaiblit juste assez pour que la fissure de retrait naisse à son aplomb. On retient en pratique une profondeur de l'ordre du tiers de l'épaisseur (au minimum le quart), pour une largeur de trait de 3 à 5 mm. Concrètement, sur un dallage de 16 à 18 cm, cela représente environ 5 à 6 cm de profondeur. Trop superficiel, le joint ne « prend » pas et la fissure part ailleurs ; trop profond, il fragilise inutilement.

Le délai. C'est le paramètre le plus souvent mal géré sur chantier. Il faut scier le plus tôt possible : assez tard pour que la scie n'arrache pas les granulats d'un béton encore tendre, mais avant que le retrait n'ait généré des contraintes suffisantes pour fissurer de lui-même. Cette fenêtre est étroite. En sciage classique (lame diamantée à l'eau), elle se situe généralement entre 24 et 48 h après le coulage. En sciage précoce à sec (matériel spécifique « early-entry »), on intervient bien plus tôt, dès quelques heures, ce qui réduit nettement le risque de fissuration sauvage par temps chaud ou venté. Scier trop tard, c'est arriver après la fissure.

Armatures : pourquoi on les interrompt sous le joint

Dans un dallage armé, le treillis soudé est placé en nappe supérieure, sous un enrobage de l'ordre de 5 cm, là où le retrait tend le plus le béton. Son rôle n'est pas d'empêcher la fissure mais de limiter son ouverture et de coudre l'ensemble.

Or un joint de retrait doit pouvoir s'ouvrir librement : si l'armature continue, intacte, au travers du joint, elle s'oppose à son ouverture et la fissure ressort ailleurs. C'est pourquoi, au droit des joints de retrait, on interrompt le treillis (ou l'on en coupe une partie). À l'inverse, sur les dallages sollicités par du trafic — entrepôts, parkings, locaux d'activité — les bords du joint doivent rester solidaires verticalement pour que les roues ne créent pas de marche : on rétablit alors le transfert de charge par des goujons (dowels) ou des fers de liaison disposés au droit du joint, qui transmettent l'effort tranchant tout en autorisant le mouvement horizontal.

Calage du maillage, profondeur et timing du sciage, traitement des armatures : ces choix se décident au plan, en amont, et non à la truelle. C'est le cœur de notre expertise en structures béton — du dimensionnement du dallage à son plan de joints.

ParamètreRepère pratiquePourquoi
Espacement des jointsCôté ≤ 5 à 6 m (≈ 25–36 m²)Limiter la longueur soumise au retrait
Forme des panneauxCarré ; rapport L/l ≤ 1,5Éviter la fissure en travers du grand côté
TracéDe bord à bord, aligné, par les poteauxPas de joint borgne ni d'angle rentrant non recoupé
Profondeur de sciage≈ 1/3 de l'épaisseur (min. 1/4)Créer une amorce de fissure fiable
Délai de sciage24–48 h (classique) ; quelques h (à sec)Scier avant la fissuration de retrait
Armatures au jointTreillis interrompu ; goujons si traficLaisser le joint s'ouvrir / transférer la charge
Franck Dion
Président — BETALIS, bureau d'études structure
Questions fréquentes
Tous les combien faut-il un joint de fractionnement sur un dallage ?

Pour un dallage courant en béton armé, on vise des panneaux les plus carrés possibles, dont le côté ne dépasse pas de l'ordre de 5 à 6 m, soit une surface comprise entre 25 et 36 m² environ. Le maillage exact se cale au cas par cas selon l'épaisseur, le béton et les conditions de mise en œuvre.

À quelle profondeur faut-il scier les joints ?

Le trait de scie doit créer une amorce de fissure suffisante : on retient en pratique une profondeur de l'ordre du tiers de l'épaisseur du dallage (au minimum le quart), pour une largeur de 3 à 5 mm. Sur un dallage de 16 à 18 cm, cela représente environ 5 à 6 cm.

Quand doit-on scier un dallage après le coulage ?

Le plus tôt possible, dès que le béton est assez dur pour ne pas s'arracher au passage de la scie, mais avant que les contraintes de retrait ne provoquent des fissures sauvages. En sciage classique, cela se situe généralement entre 24 et 48 h ; en sciage précoce à sec, dès quelques heures après le coulage.

Faut-il interrompre les armatures au droit des joints ?

Oui. Pour qu'un joint de retrait puisse jouer son rôle et s'ouvrir librement, on interrompt généralement le treillis au droit du joint (ou on en coupe une partie). À l'inverse, sur les joints sollicités par le trafic, on rétablit le transfert de charge par des goujons ou des fers de liaison.

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